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La ville tour de 50 000 habitants

Après les villes du Moyen Age, dont le plan porte les marques d’une croissance anarchique et où les immeubles dépassent rarement 2 ou 3 étages, après les villes classiques, caractérisées par la mise en ordre du cadastre selon un plan orthogonal et par des immeubles de 5 ou 6 étages, l’évolution des formes urbaines s’est poursuivie pour aboutir aux villes du XX° siècle nord-américain, avec, sur un plan orthogonal systématisé, la création d’un urbanisme vertical dans les centres villes (gratte-ciel) accompagné d’un étalement urbain dans des banlieues résidentielles.

Mais la densification se heurte a une limitation : La circulation d’immeuble à immeuble se fait obligatoirement en passant par la rue au niveau zéro. C’est encore une ville à dimension 2.5 D, un plan horizontal avec des élévations.

Deux voies sont possibles pour les villes du futur.

Los Angeles en préfigure une. C’est le retour à une ville en 2 D, selon une extension horizontale sans limites. La ville se réorganise en densifiant et complexifiant un vaste réseau d’autoroutes urbaines. Cette voie encourage un urbanisme de ghettos (ghettos de riches et ghettos de pauvres), de séparation spatiale et sociale selon des critères de classe, ethniques, raciaux, confessionnels.

L’autre voie, c’est d’aller plus loin vers une véritable morphologie en trois dimensions (3D).

Les villes du futur doivent combiner un urbanisme vertical à une échelle plus grande encore que les gratte-ciel américains, l’expulsion des voitures hors des villes et une rationalisation des déplacements urbains. Il faut concevoir des villes qui rassemblent les diverses fonctions urbaines (habitat, travail, services, commerces, loisirs…) dans des ensembles immobiliers compacts, avec des circulations horizontales aux différents niveaux des édifices.


Le principe de base que je propose ici, est de construire des dalles superposées de grandes dimensions, séparées en hauteur de quelques dizaines de mètres, simplement supportées par des piliers. Sur ces dalles qui constituent le foncier, on édifie des immeubles d’habitations, des locaux professionnels, des équipements publics et de loisirs, des rues, des places, des squares… On obtient ainsi un édifice de plusieurs centaines de mètres de hauteur, contenant une ville avec toutes ses fonctions.


Question faisabilité, certaines des tours actuellement en projet ou en construction dans le monde sont déjà de véritables morceaux de villes, mêlant bureaux, logements et centres commerciaux pour quelques milliers d’habitants. Les villes tours proposées ici sont plus ambitieuses en intégrant une ville nouvelle de 50 000 habitants avec toutes ses fonctions. Construites sur des grands terrains à la campagne ou dans la grande périphérie, elles devraient être plus simples à concevoir et moins chères à construire. Elles seront peut-être la forme urbaine typique du XXI° siècle.


Pour ouvrir la discussion, je voudrais en quelques phrases esquisser un exemple de ville tour parmi beaucoup d’autres possibles :


On implante la ville sur un territoire de 400 hectares (un carré de 2 km de côté) de terres agricoles d’un seul tenant de part et d’autre d’une rivière.


La construction d’un barrage crée un lac artificiel à destination de loisirs d’une surface de quelques dizaines d’hectares avec abords paysagés, plages, embarcadères... A l’amont, une usine de captage des eaux ; à l’aval, une usine de traitement des eaux usées et une usine de traitement des déchets. En bordure du territoire, un aéroport permet d’assurer, avec des avions légers et des avions régionaux à atterrissage et décollage courts, quelques liaisons quotidiennes avec les aéroports internationaux les plus proches.


Sur l’emprise de l’aéroport et des usines, des installations énergétiques fournissent les 100 à 150 GWh d’électricité que consomme chaque année une ville de 50 000 habitants. Sachant qu’une éolienne de 1 MW fournit 2 GWh par an, un hectare de panneaux photovoltaïque, 1,5 GWh, un panachage de quelques dizaines d’éoliennes et de quelques dizaines d’hectares de panneaux permet de couvrir la consommation annuelle avec éventuellement en complément une production hydraulique au fil de l’eau, une production à partir du traitement des déchets et si le lieu s’y prête, une production à partir du géothermique profond. Pour l’ajustement de la production et de la consommation, la ville tour est reliée au réseau électrique national.


Au centre du territoire, la ville tour se présente comme une gigantesque pyramide de 500 m de haut sur une base carrée de 600 m de côté (plus pointue que les pyramides d'Égypte). Elle est entièrement recouverte par des façades en double vitrage qui lui procurent la lumière du jour, une bonne isolation thermique et la protègent des vents et des intempéries. Aux différents niveaux, des terrasses à l’air libre sont plus ou moins fréquentées selon les conditions météorologiques. Sur une partie de la face sud, des panneaux solaires thermiques produisent l’eau chaude sanitaire.


A l’intérieur, une grosse structure en béton hautes performances forme des dalles foncières qui portent les diverses constructions immobilières. Constamment à l’abri des intempéries, ces dernières, en général suspendues à des câbles et préfabriquées, sont réalisées avec un grand souci de légèreté et pour les logements une très bonne isolation phonique.


Autour d’un vertigineux espace vide central de la hauteur de la tour, la ville est organisée en quartiers d'habitations de tailles diverses comprenant logements, bureaux, ateliers, commerces de proximité, cafés restaurants, résidences de personnes âgées, piscine et équipements divers, crèches, groupe scolaire maternelle et primaire, dispensaire de santé... Rassemblé à la base de la tour, le centre ville concentre les équipements communs : collèges, lycées, hôpitaux, grands magasins, halles, commerces de luxe, cinémas, salles de spectacles, médiathèque, musées, hôtels…


Les dalles foncières sont séparées de 50 m en hauteur. Cela met le « plafond » de l’espace public des quartiers à une hauteur impressionnante et celui-ci est souvent troué ou vitré pour laisser entrer plus de soleil et de lumière du jour. Cela permet des immeubles de 12 étages sur un rez-de-chaussée commercial avec une hauteur sous plafond généreuse de 3 m pour les appartements et les bureaux. Des batteries d’ascenseurs extérieurs mutualisés et des passerelles remplacent avantageusement les cages d’escaliers et les couloirs. Beaucoup d’immeubles sont construits moins haut et offrent leurs toits pour l’aménagement de squares, de terrains de jeux et de sports, de terrasses privées ou collectives. Au rez-de-chaussée des immeubles, on trouve rues commerciales, places, squares, jardins publics. L’espace public intérieur est traité luxueusement.


Au sous-sol de la tour, une gare ferroviaire accueille des TER permettant de joindre la capitale régionale et les autres villes de la région avec des liaisons cadencées. Des installations techniques, des ateliers, des entrepôts reliés aux commerces par des monte-charges occupent le reste du sous-sol. Autour de la tour, les garages et parkings voitures, les accès routiers et ferroviaires sont construits en souterrain, la surface étant occupée par un parc paysagé et des équipements de loisirs.


Un système de chauffage urbain maintient la température intérieure des locaux à 21° toute l’année. L’espace public intérieur n’est pas chauffé mais bénéficie, grâce à la large base de la tour, d’une bonne régulation thermique du sol à 14° à l’image des grottes ou des caves. De nombreux grands puits canadiens renforcent cet effet géothermique avec des prises d’air à quelques centaines de mètres de la tour alimentant des galeries souterraines visitables, régulièrement nettoyées et désinfectées.

En période froide, le sol réchauffe l’air froid puisé à l’extérieur qui sort des puits canadiens à environ 10°. Une partie est envoyée aux pompes à chaleur pour alimenter le chauffage urbain. Le reste renouvelle l’air de l’espace public intérieur dont la température devrait osciller entre 10 et 15°, agréable en l’absence de vent.

En période chaude et notamment pendant les canicules que le réchauffement climatique nous promet nombreuses dans les décennies à venir, l’air chaud extérieur sort des puits canadiens refroidi à 18° en ayant perdu éventuellement une bonne part de son humidité. Une partie est envoyée dans le chauffage urbain pour refroidir l’intérieur des locaux. Le reste renouvelle l’air de l’espace public intérieur dont la température, très agréable, devrait fluctuer entre 23 et 28°.

Le reste de l’année, la ville tour s’ouvre plus ou moins sur l’extérieur de manière à assurer une température et une ventilation optimales.


Avec les voitures fonctionnant à l’électricité, les camions et les avions aux biocarburants, la ville tour devrait donc s’affranchir totalement des énergies fossiles.